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mercredi 27 mai 2020

Des pawpaws au Québec?

En 2015, j'ai découvert la pépinière aux arbres fruitiers Green Barn grâce à Youtube. Cette dernière est située sur l'île Perrot, au Sud-Ouest de l'île de Montréal. On y voyait toutes sortes de fruitiers que je ne connaissais pas à ce moment là. Entre autres, l'asiminier trilobé, mieux connu sous le nom de "pawpaw". J'ai pris un certain temps à me décider à en planter chez moi, puisque l'île Perrot est zonée 6a (pas mal plus chaud que chez moi). 

What is Pawpaw? Here are 6 Fascinating Facts About This Trendy ...
Source: Photo via Meredith Publishing trouvée sur le site https://www.allrecipes.com/article/what-in-the-world-is-pawpaw/

Ma première tentative (printemps 2017) a échoué tristement. Mes trois arbres (de jeunes semis) n'ont pas survécu à la transplantation.

Mon deuxième essai (printemps 2019) fut plus fructueux. Les deux arbres ont survécu la transplantation et leur premier hiver.  Voici le plus beau des deux, au printemps 2020. À noter qu'ils débourrent très tardivement chez moi (fin mai). 


Printemps 2020


Il mesure seulement 14 pouces de haut. Il est planté en plein soleil, mais fut couvert de neige cet hiver, ce qui a probablement aidé à le protéger contre le froid. 



Alors ce jeune et petit spécimen pousse chez moi en zone 4b/5a. Mais, est-ce une exception? Non!


Voici quelques photos d'autres spécimens. L'emplacement est écrit sous chaque photo.
Printemps 2020 - Ruelle communautaire Basile-Patenaude,
à Montréal (6a)
Petits fruits en formation
Crédit: Julien Ghannoum, 2020
Automne 2019 - Wow... De beaux arbre de 10 ans en terre
(+ possiblement 2 ans en pépinière) fructifiant à Montréal (6a).
Les cultivars sont: NC-1 et PA Golden.
Le propriétaire m'a dit qu'ils n'étaient pas protégés plus qu'il
faut à l'hiver, sauf par le couvert de neige habituel.
Crédit: Julien Ghannoum, 2020  

Été 2018 - Banlieue de Gatineau, Québec (4b)
Il y a deux arbres à cet emplacement,
mais ils n'ont pas encore fructifié. Un semis et un Campbell NC-1.
Celui-ci (photo) est le semis. Le NC-1 est moins vigoureux. 
Printemps 2020 - Ottawa (5a)
Il y a deux arbres de 7 ans à cet emplacement, il n'ont pas encore fructifié,
mais ont commencé à fleurir! 
 
Automne 2019 - Rive-Sud de Montréal (6a)
Ils n'ont pas encore fructifié. 
Automne 2018 - Montréal (6a)
Plusieurs autres, mais ils n'ont pas fructifié encore.
Il y a, entre autres, un Maria's Joy.



Pollinisation
La pollinisation est particulière avec le pawpaw. Il faut d'abord deux cultivars differents (les assiminiers sont tous compatibles). Chaque individu produit des fleurs passant d'abord par "l'étape mâle" (avec les pistils), puis par "l'étape femelle" (avec les stigmates). Ensuite, ce sont les mouches et les scarabées qui s'occupent de polliniser les fleurs. Elles ont une odeur légère de viande en décomposition, qui attire les mouches! Si bien, que certaines personne mettraient des animaux morts/restes de viande près de leurs arbres pour assurer la venue des mouches... D'autres préfèrent simplement les polliniser à la main, si les insectes ne parviennent pas à faire la pollinisation.

Racine pivot
Le pawpaw développe une racine pivot importante. Cette dernière pousse verticalement et grossit rapidement. Si elle est endommagée, l'arbre risque de ne jamais s'en remettre pleinement (et passera des années à pousser très lentement, sans jamais s'encrer solidement dans le sol). Une solution, pour les plus décidés: semez vos propres asiminiers rustiques à l'emplacement où vous souhaitez cultiver vos arbres, puis greffez vous-mêmes, les années suivantes, les cultivars souhaités! Ou encore, laissez vos semis pousser et vous obtiendrez vos propres variétés.

Drageons
L'asiminier drageonne. Il préférable de séparer les nouveaux individus. Une pollinisation croisée avec ceux-ci est possible si l'arbre est greffé, puisque les drageons seront des clones du porte-greffe et non du cultivar, ils auront donc une génétique différente. Par contre, une pollinisation croisée est impossible si l'arbre est sur ses propres racines, puisque les drageons seront alors des clones de la plante mère. En séparant les drageons, on permet à l'arbre principal de mieux se développer en utilisant le maximum de ressources disponibles (soleil, nutriments). Psst! Les nouvelles plantes ainsi séparées font de beaux cadeaux! Mais soyez avertis, les racines de drageons sont plus fines et les cônes ainsi formés meurent plus facilement.

Ombre
À l'état naturel, on le trouve dans les sous-bois, à l'ombre ou la mi-ombre. Mais être productif, il a besoin de soleil. Surtout ici, au Canada, au Nord de son aire de répartition.

Sol riche
Il apprécie un sol fertile. Pour enrichir un sol pauvre, on peut amender de compost, fumier, thé de compost, etc. On peut aussi pailler abondamment avec du bois raméal fragmenté, des épines de pin, de l'écorce, etc. Pas du paillis de cèdre noir, qui ne se décompose pas vite et qui est coloré artificiellement. Le paillis, au fil des années, se décomposera et enrichira le sol naturellement.

Sol chaud
Afin d'encourager la floraison plus tôt au printemps, on peut couper les branches les plus basses. Ceci devrait permettre aux rayons du soleil d'atteindre le sol au pied de l'arbre et de le réchauffer plus rapidement, ce qui aura pour effet de réveiller l'arbre de sa dormance plus tôt. De même, étendre des roches ou du sable sous l'arbre aurait un effet de masse thermique, réchauffant le sol et permettant de faire mûrir les fruits plus rapidement. Ces conseils m'ont été donnés par un Américain vivant en saison courte.

Bon, j'hésite à mettre ces conseils en application. D'un côté, comme les pawpaws fleurissent habituellement assez tard (parfois en même temps ou juste après les pommes), le risque de gel pour les fleurs ne devrait pas être trop important. D'un autre côté, nous avons des hivers rocambolesques, au Québec. Parfois, la neige fond et le sol est complètement découvert, en plein mois de janvier ou février, alors que les -20 à -30 ne sont pas terminés. Cela a un effet dévastateur sur les prunus (pêchers, abricotiers, pruniers, etc), qui sortent facilement de leur dormance. On recommande donc l'inverse pour ces derniers; isoler le sol afin de l'empêcher de se réchauffer trop vite. Qu'en est-il des asiminiers? 

Saison de récolte
Comme c'est un fruit assez lent à mûrir et que la saison estivale du Québec est relativement courte, il est important de choisir des cultivars hâtifs! Il est préférable, pour la digestion, de laisser les fruits mûrir sur l'arbre.

Protéger la greffe
Excellent conseil donné par un cultivateur Montréalais: protéger l’union de la greffe l’hiver, faire un monticule de neige par dessus et une spirale pour empêcher les rongeur de grignoter le tronc.

Brûlure sud-ouest (south-west injury /sunscald), éclatement de l'écorce, échaudure
L'Université du Kentucky, reconnue pour son excellent programme de recherche et développement en matière d'asiminiers, indique que cette espèce est sensible à l'échaudure (comme les pêchers, par exemple). L'échaudure se produit en hiver, alors que le soleil est parfois très chaud (et la force des rayons est amplifiée par le reflet sur la neige), mais que la température ambiante est très froide, surtout la nuit. Le gel, à la suite de températures élevées, fait éclater l'écorce. Les fluctuations de température importantes de notre climat québécois amplifient ce problème. 3 solutions: envelopper, peindre ou ombrager. Envelopper le tronc d'un textile blanc le protégera du soleil et possiblement des vents. Attention de ne pas créer un milieu chaud et humide. Peindre le tronc d'une peinture de latex blanche ou de chaux aura le même effet, la protection des vents en moins (cela s'appelle "chauler"). Pour ombrager, différentes options s'offrent à vous. On peut, par exemple, planter un buisson bien fourni au Sud-Ouest de l'arbre. Idéalement, on le place à distance permettant de l'ombrage en hiver, mais pas en été. C'est possible, le soleil étant plus bas en hiver. On peut aussi planter l'arbre au Nord d'un bâtiment, toujours de façon à ce qu'il soit à l'ombre en hiver, mais pas en été.


Taille
Certaines sources mentionnent que les asiminiers atteignent une hauteur moindre en territoire plus nordique et limite, tel que le Québec. On suggère que la hauteur finale en zone froide se situe entre 12 à 15 pieds et on recommande de "topé" l'arbre (ou tailler la tige principale) à 10 pieds, afin d'avoir un meilleur accès aux branches et aux fruits. 

Toxicité
Le pawpaw contient de l'annonacine (comme tous ses cousins, membres de la famille des annonacées, tels que les corossols, pomme-canelles, cherimoyas, atemoyas, attiers, etc.). L'annonacine serait toxique pour les neurones. Sa consommation régulière pourrait induire des lésions cérébrales semblables à celles de la maladie de Parkinson. D'un autre côté, cette substance pourrait avoir des effets antitumorales (aider à prévenir ou combattre certains cancers). De plus, certains gens peuvent avoir des réactions suite à la consommation du fruit, tels que maux de ventre, vomissements, etc. Cependant, certains écrit indiquent que la quantité d'annonacine dans les fruits mûres serait moindre et que les effets secondaires se présenteraient davantage suite à la consommation de feuilles (sous forme de tisane, par exemple). Donc, le fruit du pawpaw est généralement considéré sécuritaire en saison et avec modération.

Où se procurer un Pawpaw au Québec?



L'un de mes deux pawpaws, en août 2020
L'un de mes deux pawpaws, en août 2020
Il pousse en plein soleil, mais j'ai lu souvent qu'ils préféraient l'ombre en jeune âge.
Je l'ai arrosé souvent cet été, car nous avons eu de très longues périodes de sécheresse.

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