Au Québec, on ne produit pratiquement que des pommes ( et des baies) comme fruits.
Pourquoi?
Plusieurs raisons, sans doute. Je vais tenter de nommer ces raisons.
1. Température froide en hiver.
À ce jour, les variétés de prunus (pêches, abricots, cerises, prunes, etc.) assez rustiques pour résister au froid sud-québécois ne sont pas les meilleures variétés. Il y en a tout-de-même de bonnes, surtout en ce qui concerne les prunes et les cerises acides (griottes).
2. Température chaude et humide en été.
Nous sommes situés au Nord-Est de l'Amérique. Nous avons des étés chaudes et humides, ce qui est propice aux maladies de fruitiers. Les poiriers sont, pour la majorité, sensibles au feu bactérien, une maladie ravageuse qui peut abattre un arbre entier en quelques jours, dès les premiers signes de son apparition. Les prunus, quant à eux, sont très sensibles au chancre, nodule noir, pocket plum, pourriture, etc.
3. Gels tardifs
Pour les
prunus, les gels tardifs peuvent réduire considérablement les récoltes. Les pruniers européens fleurissent légèrement plus tard, mais les pruniers asiatiques et surtout, les abricots, fleurissent si tôt et leurs bourgeons floraux sont si sensibles qu'il arrive souvent de perdre des récoltes complètes lors des gels tardifs, fréquents au Québec. Les
kiwis et les
raisins sont également TRÈS sensibles aux gels, après le débourrement, les raisins étant moins sensibles que les kiwis. Voici un excellent document sur le sujet, offrant plusieurs pistes de solution:
http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/96-156.htm
4. Insectes nuisibles.
Tenter de faire pousser des prunes bio dans ma région relève de l'impossible, due à la présence des charançons. Ces petits insectes sont capable de ruiner tous les fruits d'un seul arbre en quelques jours. Ils agissent surtout la nuit. Quand ce n'est pas les charançons, ce sont les carpocapses, acariens, pucerons, mouches, guêpes, etc!
 |
| Bien essayé, charançons! |
Les pommiers aussi sont affectés par les maladies et les insectes. Cependant, il existe plusieurs excellentes variétés résistantes aux maladies les plus courantes. C'est le cas, par exemple, du Liberty. Voici un
tableau plus complet sur les variétés résistantes.
Ne reste au jardinier amateur qu'à protéger les pommes ou les poires contre les insectes. Chose plus facile, selon mon expérience, que de protéger les prunes. On peut attendre que le fruit grossisse un peu, éclaircir en ne conservant que les pommes/poires qui ne sont pas "piquées" par les insectes, puis les protéger avec des sacs Ziplock, organza ou filets tissés serrés. On peut aussi protéger des branches complètes. Dans le cas de mes griottes Carmine Jewel (buisson), j'enveloppe le buisson au complet!
 |
| J'ai obtenue une belle récolte: assez pour 2 tartes! |
J'ai décidé de continuer à prendre soin de mes pruniers en espérant un jour trouver une façon de me débarrasser des charançons (naturellement). Il existe un produit super intéressant;
Surround. C'est une poudre d'argile pulvérisée, très fine, que l'on utilise pour enduire les fruits. Les petits insectes s'y blessent et meurent déshydratés ou ne restent pas sur les fruits. Elle n'est pas dommageable pour l'environnement. C'est simplement une barrière physique. Mais, au Québec, seuls les producteurs commerciaux disposant d'un permis peuvent se procurer ce produit! Voici une petite vidéo sur l'application de ce produit, par un Américain, le chanceux!:
How to Apply Surround WP Crop Protectant Kaolin Clay Organic Insect Barrier Repellent Review
5. Animaux
Les griottiers sont assez facile à cultiver biologiquement ici. Cependant, il faut encore les protéger contre les oiseaux. L'été dernier, mon pêcher allait avoir ses premières pêches! Elles grossissaient bien. Puis, les écureuils les ont toutes volées, alors qu'elles étaient encore vertes. Quelle déception! En plus des écureuils et des oiseaux, il faut faire très attention aux ours/ratons/mouffettes/etc. (fruits), rongeurs (troncs des jeunes arbres/branches), chevreuils (troncs et fruits), guêpes (elles ont mangé plus de la moitié de mes raisins en 2020!) et j'en passe.
6. Préférences des consommateurs et prix au détail
Lorsqu'on voit le prix parfois dérisoire des prunes d'Espagne, pêches de la Californie (ou d'Ontario), cerises de la Colombie Britannique, etc... On se dit que même si on arrivait à cultiver ces fruits ici, on pourrait difficilement se trouver une place sur les tablettes dans ce marché compétitif. Et lorsqu'on parle de culture à la maison, c'est un peu le même principe. Je peux acheter des cerises "de France" (douces) fermes, sucrées et goûteuses pour un prix très abordable à l'épicerie à l'été. Pourquoi en cultiverais-je (probablement des variétés plus rustiques et moins goûteuses) chez moi?
Voici une excellente source d'information sur la culture des fruits tendres: http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/hort/tender_fruit.html
Discussion: de nouvelles cultures fruitières sont en émergence. Certains fruitiers ont moins de maladies ou de ravageurs. C'est le cas, notamment, de la camerise (zone 2 et +), assimine (zone 5 et +), kiwis (zone 4 et +), argousier (zone 3 et +), etc. Personnellement, j'achète des camerises et des argouses congelées à un prix faramineux. Et si je trouvais des pawpaws (assimines), je suis certaine que j'en achèterais assez régulièrement (mais attention, à ce qui paraît, faudrait pas en manger trop souvent) à un prix tout aussi important!